Paul Jorion : la survie de l’espèce, ou le capitalisme en bandes dessinées

La Survie de l’espècede Paul Jorion et Grégory Maklès. Arte éditions Futuropolis, 2013, 120 pages, 18 euros. Recension dans L’humanité 6 mai 2014

Ambitieux programme que se sont donné les auteurs : rendre compréhensible la logique

9782754807258
Paul Jorion, la survie de l’espèce

folle du capitalisme, le tout en bande dessinée, humoristique de surcroît. L’intérêt premier de cet essai dessiné consiste à libérer l’individu salarié-consommateur de la culpabilité : la crise écologique et sociale ne vient pas de ses seuls choix individuels, c’est « le monde » qu’il faut comprendre, et ce monde, depuis l’aube de l’humanité, a peu à peu construit un système capitaliste. Pour autant, ce système n’est pas anonyme, et derrière les personnages, souvent masqués, on voit transparaître de grandes firmes, des agences de notation, ou des experts télévisuels qui ne cessent de nous contraindre à vivre et à penser dans un système capitaliste. Derrière le discours idéologique vantant les bienfaits de l’économie libérale, les auteurs en révèlent la noirceur : le consentement à l’exploitation, le management par la terreur et la concurrence, la subordination du politique à l’économie. Autre intérêt de l’ouvrage, il expose les mécanismes les plus aboutis du système financier international, retraçant l’évolution des échanges boursiers aujourd’hui rythmés par la cotation continue. Celle-ci finit par lier notre mode de vie au rythme de renouvellement du capital, en temps continu. Ce temps de l’exploitation de chaque échange entraîne une forme de marchandisation de tout et de tous. Finalement, sans le dire, l’exposé de Paul Jorion traduit bien des éléments d’analyse marxistes du capitalisme. Il y manque sans aucun doute une perspective révolutionnaire assumée, car si la fin du livre mentionne la Révolution française et les discours de Saint-Just, il s’agit surtout du cauchemar du capitalisme, vite remplacé par une rêverie assumée : l’entraide des gens de bonne volonté. On comprend alors mal comment l’individu pourrait devenir responsable du changement de société alors qu’il a été exempté de la responsabilité de sa perte. Cet ouvrage n’en demeure pas moins une vigoureuse critique du système capitaliste. Son esthétique épurée permettra peut-être une prise de conscience des « femmes et des hommes de bonne volonté » auxquels il est dédicacé. Cela ne sera hélas pas suffisant pour garantir la survie de l’espèce.

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