À PARAÎTRE… EN MARS

Les phrases choc de la philosophie. Édition Ellipses, 224 p . Benoît Schneckenburger

Les philosophes ont parfois des formules choc qui nous invitent à penser, quitte à ce qu’elles nous paraissent parfois scandaleuses ou paradoxales.

9782340015982Relevons le défi de dévoiler le sens réel des expressions. Sartre était-il sérieux en affirmant que nous n’avions jamais été plus libres que sous l’occupation allemande ? Comment Épicure peut-il soutenir que la mort n’est rien ou Berkeley avancer que la matière n’existe pas ? Au-delà des citations qui résonnent comme des coups de tonnerre dans le ciel de la pensée, faisons le pari qu’ils avancent des thèses murement réfléchies.

Ce livre présente 50 citations des plus grands philosophes, permettant ainsi de parcourir toutes les thématiques philosophiques : la vérité, la morale, la culture, la subjectivité, la politique ou les sciences. Chacune d’entre elle est restituée dans son contexte, avant d’en expliquer plus longuement le sens. Un « encart » revient sur un concept ou une distinction essentielle pour comprendre la démarche de l’auteur, avant de préciser « ce qu’il faut en penser » en la confrontant à d’autres idées. Enfin, la rubrique « philosopher autrement » permet de voir que la philosophie se retrouve partout : dans les films, séries, albums de rock, une application de tablette, même en mangeant une glace !

Ces phrases chocs démontrent sans contestation possible que ce sont les philosophes qui font les meilleures punchlines !

L’oubli de l’animal

290px-mangalarga_marchador_conformac3a7c3a3oPour qui fréquente les allées des super-marchés, le rayon « boucherie » est le lieu d’une nouvelle occultation de l’animal. Déjà, dans les rayons, les animaux n’y paraissent plus que sous une forme de marchandise pure. Des barquettes en plastiques propres présentent des morceaux en cubes, en filets, en haché, mais de l’animal entier, nulle trace, sauf parfois une image, plus souvent qu’une photo, le schématisant vaguement. Aujourd’hui les noms eux-mêmes changent : des parties anatomiques, re-visitées pour les besoins de la boucheries comme les côtes, le gite, etc…, sont remplacées par des fonctions : « à cuire, à braiser, à saisir, à mijoter… ». Cette préoccupation de l’industrie agroalimentaire ne répond pas seulement au manque de connaissance culinaire des clients, mais participe de l’oubli de l’animal. Comme le soulignait déjà Derrida dans L’animal que donc je suis,

« personne ne peut nier sérieusement et longtemps que les hommes font tout ce qu’ils peuvent pour dissimuler ou se dissimuler cette cruauté, pour organiser à l’échelle mondiale l’oubli ou la méconnaissance de cette violence (…) »

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Scandaleuse confusion de Vincent Peillon sur la laïcité

Mardi, Vincent Peillon, candidat à la primaire du Parti Socialiste, a déclaré :

« Certains veulent utiliser la laïcité – ça déjà été fait dans le passé – contre certaines catégories de population. C’était il y a 40 ans les Juifs à qui on mettait des étoiles jaunes, c’est aujourd’hui un certain nombre de nos compatriotes musulmans qu’on amalgame souvent avec les islamistes radicaux. C’est intolérable. »

On ne peut que noter l’énormité de ces propos. Ils constituent une aberration historique et alimentent la confusion sur la laïcité. Lire la suite

Épicure et l’injustice

Ce texte est l’ébauche de mon intervention au séminaire du Groupe d’Études du Matérialisme Rationnel. Il concerne une question philosophique assez précise : quelle conception des valeurs dans le cadre d’une philosophie de l’immanence ? Il mérite d’être repris et amendé, à la suite notamment de la discussion qui a suivi ma présentation.

L’injuste chez Épicure

La philosophie épicurienne semble accorder peu d’importance aux notions de juste et d’injuste. Tout entière tournée vers l’eudémonisme, elle semble privilégier la question du bonheur, et celle de la prudence sur toutes les autres vertus. Pourtant, Épicure ne dissocie pas la recherche de la vie bienheureuse de celle d’une vie juste : la Lettre à Ménécée, comme les Maximes Capitales V  et Sentences Vaticanes V lient les deux en affirmant qu’on ne peut mener de vie plaisante si elle n’est pas juste. On comprend alors que la justice paraît en effet liée à l’hédonisme car subir l’injustice est un mal, tandis que la commettre porte atteinte à la sérénité de l’âme, dans la mesure où nul ne peut être assuré d’échapper à la justice des hommes, ce qui est plusieurs fois répété là encore dans les Maximes et Sentences. D’ailleurs Diogène Laërce, par qui nous avons accès au corpus épicurien le plus complet, précise que le sage « pratiquera la justice. » [DL 120].

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Pour autant la question d’une définition épicurienne du juste et de l’injuste ne va pas de soi. Passons sur l’attitude épistémologique du philosophe du Jardin qui se méfie des définitions, comme nous le rappelle Cicéron : « Il supprime les définitions ». On le sait le Canon épicurien étant lui-même soumis à l’eudémonisme. Lire la suite

Le petit jésus à l’Église, pas à la Mairie

Benoît Schneckenburger, Secrétaire National à la laïcité du Parti de Gauche

On connaissait le clair-obscur, le Conseil d’État vient d’inventer la crèche non chrétienne. En rendant un arrêt rendant possible l’installation de crèches de Noël dans des collectivités locales, à condition qu’elles ne présentent pas de caractère cultuel, le Conseil d’État aggrave la confusion entre le cultuel et le culturel. Il permet aux cultes de contrevenir au principe de neutralité de l’État en jouant de la culture et des traditions. Il était pourtant simple d’en rester aux principes fondamentaux de la laïcité : séparation des Églises et de l’État tout en garantissant la liberté de conscience et de cultes.

Le Parti de Gauche regrette cette décision qui va ouvrir de nombreux contentieux pour mesurer le degré cultuel de chaque installation, alors qu’une interdiction de principe aurait été plus claire. Le Parti de gauche formule le vœu que la campagne présidentielle ne soit pas l’occasion de nouveaux détournements de la laïcité, et soutient les propositions de Jean-Luc Mélenchon qui s’appuie sur les mots de Victor Hugo : « L’Église chez elle et l’État chez lui. »

Babeuf, portrait du pauvre révolutionnaire

François-Noël Babeuf (1760-1797), sans être un personnage central de la révolution, n’en constitue pas non plus un épisode marginal. Il constitue à maints égards le symbole d’un des derniers soubresauts de la révolution populaire, celle des sans-culottes et des bras nus. Pour autant, son journal, dont on fait encore grand bruit, Le tribun du peuple, n’a eu qu’une diffusion très limitée, comme du reste ses autres publications. Sa tentative de coup d’État, encore célébrée par la tradition révolutionnaire, semble avoir davantage servi de prétexte à faire trembler le bourgeois qu’elle n’a mis en péril le Directoire. Sa conjuration des égaux n’avait en effet de secret que l’intention : il a suffit de la trahison d’un seul de ses membres secondaires pour que la police ait toutes les listes, tous les noms et remonte en une seule filature à la cachette de Babeuf. babeuf_gra

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