Islamophobie : un concept ambigu

Comment parler des actes et des propos racistes qui tendent à se banaliser ? Le débat traverse le camp progressiste autour de l’utilisation du mot « islamophobe » et de ses dérivés. Il est lourd d’enjeux. Il est passionné, à la mesure des atteintes dont font l’objet nos concitoyens musulmans ou assignés à une religion. Ne nous cachons pas : la question mérite d’être posée sur l’utilisation du terme. L’accepter ou le rejeter ne va évidement pas de soi, ne serait-ce que parce qu’il tend à se banaliser.

million-225x300D’abord, rappelons qu’il y a évidemment une réalité dramatique des actes anti-musulmans. Ceux-ci sont en hausse. Il y a également une discrimination réelle à l’encontre de la population maghrébine, mise en bloc dans la catégorie musulmane, dans la continuité de tous les stéréotypes qui accompagnent le racisme ordinaire. Il y a donc bien des actes anti-musulmans. Anti-musulmans et non pas contre une religion : ce sont des actes qui visent d’abord des personnes, et non un échange de propos doctes dans un salon sur les différentes options théologiques.

En ce sens le terme d’islamophobie semble bien mal choisi pour dénoncer ce racisme récurrent. Ce mot contribue à faire l’inverse de ce qu’il entend dénoncer. La nouvelle droite et l’extrême droite ont réussi à masquer le racisme par la figure de l’altérité culturelle et religieuse, en appelant « islamophobes » des actes qui touchent des personnes supposées musulmanes. Ils se cachent derrière une catégorie cultuelle pour mieux laisser libre cours à leur haine. De plus, en ne parlant plus que d’islamophobie, on ignore le racisme ordinaire, qui n’a que faire en réalité de la religion supposée. On oublie qu’il a toujours déploré l’étranger, sa figure, ses mœurs et ses valeurs.

Ce mot est mal bâti. Il utilise le suffixe « phobie », taisant les réseaux politiques qui construisent le racisme et son instrumentalisation. Il semble se placer sur le terrain d’une confrontation d’idées où il deviendrait égal de critiquer une religion et de porter atteinte aux personnes. Parce que nous devons condamner fermement tout acte et tout propos racistes, qui demeurent des délits en droit français, nous ne pouvons pas les désigner d’unimg_20150122_161333 mot qui par ailleurs transformerait toute critique de la religion en une insulte condamnable. Car le tour de passe passe se retourne contre le camp progressiste. Parce que nous condamnons le racisme, nous devrions condamner l’islamophobie, et donc nous interdire tout propos condamnant la religion. Se trouvent alors réunis dans un même combat pour la légitimité du mot islamophobe les fanatiques religieux et les tenants du racisme plus ordinaire. Salman Rushdie, qui a subi l’accusation d’islamophobie, nous met en garde dans son auto-biographie romancée: « Un nouveau mot a été inventé pour permettre aux aveugles de rester aveugles : l’islamophobie. » On ne parle pas souvent de judéophobie : et pour cause, le terme antisémite désigne suffisamment l’atteinte aux personnes, sans sacraliser la religion elle-même. Gardons les termes de raciste, d’anti-musulman. Ils désignent amplement l’abomination.

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