L’heure de vérité

La mobilisation de jeudi 5 décembre a été indubitablement un succès. Par delà la bataille habituelle des chiffres entre le ministère de l’intérieur et les syndicats, chacun a pu noter les cortèges immenses inédits depuis plusieurs années. Mieux que cela, les chiffres retenus par le gouvernement eux-mêmes attestent de la vague de colère : ils multiplient par trois les prévisions communiquées par les éléments de langage distillés par LREM en début de semaine. Et cela ne concerne pas seulement les grandes villes : partout la mobilisation a été un succès : plus de 3000 à Nevers, 5000 à Bourg-en-Bresse, 6000 à Chateauroux, 10000 au Mans… La radicalité de la revendication ne s’est pas exprimée par des voies détournées, mais d’abord par la prise de conscience de l’enjeu. Cette attaque du système de retraite aurait des conséquences dramatiques pour le plus grand nombre, car le montant des pensions serait drastiquement réduit de fait. Les inégalités seraient évidemment accrues, entre la petite portion des salariés pouvant se permettre des fonds de pensions en complément – le rêve des assureurs depuis des décennies – tandis que se multiplieraient les retraités pauvres, obligés de prolonger leur activité pour équilibrer leurs fins de mois.

Plus édifiant encore que le nombre de manifestants, c’est le soutien de la population qui ne faiblit pas, malgré une semaine complète d’intoxication et de propagande gouvernementale. Les régimes spéciaux ont été montrés du doigt, alors que la réforme concerne tous les français. Les ministres de secteurs clés sont intervenus en mobilisant tous les moyens de l’État en s’adressant aux fonctionnaires : police, santé, éducation … Personne n’est dupe de l’objectif d’une réforme quand chacun des ministres vient dire que finalement elle ne gênera personne. Et pourtant, malgré une grève très suivie, paralysant non seulement les transports publics, mais aussi l’éducation nationale, des secteurs privés, les français restent très nombreux à refuser cette réforme et à soutenir les grévistes. Jeudi soir les médias ont dû ruser pour trouver des mécontents de la journée de mobilisation !

L’heure de vérité a sonné. Cette réforme macronienne est rejetée par l’ensemble de la population. Le gouvernement n’a pas d’autre choix que d’y renoncer, de la vider de sa substance ou de choisir le durcissement du conflit. Déjà ici et là il a choisi l’affrontement, notamment à Paris en laissant le préfet Lallement agir à son habitude, c’est-à-dire à créer les conditions de provocations justifiant l’impossibilité de manifester. Ailleurs, comme à Lyon, la police est intervenue violemment en utilisant les LBD et blessant un jeune lycée devant son établissement. Aveuglé par son arrogance et sûr des chiens de garde du système que constitue la caste des éditocrates, Emmanuel Macron peut jouer son va tout. La seule solution réside dans l’implication la plus large de la population pour s’y opposer. Il faut pour cela inlassablement convaincre.

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