Onfray, une imposture ?

Recension du livre de Michael Paraire, paru dans L’humanité le 18 juin 2013

Michel Onfray, une imposture intellectuelle, de Michael Paraire.  Les Éditions de l’épervier, 2013, 
204 pages, 13 euros. Visiblement gêné, Michel Onfray a récemment obtenu qu’un auteur soit exclu d’une table ronde à laquelle il participait. En effet, Michael Paraire a écrit un ouvrage qui ne cache pas son objet : Michel Onfray, une imposture intellectuelle. Ce livre, pourtant, ne pratique pas l’anathème systématique. Il développe une analyse des prétentions théoriques de celui qui se réclame de Nietzsche pour expliquer les doctrines par la biographie des auteurs. Le réquisitoire est sans appel : en trois chapitres, il qualifie Onfray « d’anti-philosophe, d’anti-historien, d’anti-anarchiste ». L’intérêt de l’ouvrage tient à ce qu’il privilégie toujours « les textes, rien que les textes, toujours les textes et les actes politiques concrets ».

Anti-philosophe, Onfray ? Michael Paraire revient sur la prétendue méthode adoptée par couverture_michel_ponfray_une_imposture_intellectuellel’auteur du ventre des philosophes, qualifiée de gastrosophie. Cette manière de faire nous replonge, affirme-t-il, dans la « préhistoire du commentaire de texte » : l’anecdote plutôt que l’analyse, le fourmillement des thèses conformes aux siennes plus que la reconstitution systématique d’une pensée. Dans la lignée de Sokal et Bricmont dénonçant les « impostures intellectuelles » en sciences, Michael Paraire dénonce le postmodernisme d’Onfray. Il montre comment ce dernier caricature et réfute le structuralisme ou Freud, pratiquant l’argument ad hominem et les analogies faciles. Il relève les approximations, comme ces pages délirantes où Onfray associe les végétariens Rousseau, Saint-Just et… Hitler.

Anti-historien, Onfray ? En tout cas, il participe du rejet de la Révolution française en renouant avec les conservateurs comme Burke et rejoignant Furet. Son admiration de Charlotte Corday et sa détestation de Marat ou Robespierre éclairent ce qu’il a avoué un jour : « Je n’adhère absolument pas au projet révolutionnaire. »

Anti-libertaire, Onfray ? Dans ses revirements successifs, soutenant, puis condamnant sans réserve Besancenot ou Mélenchon, Onfray joue un rôle : celui du commentateur qui s’autorise lui-même. Pourtant, son anarchisme relèverait davantage du dandysme, refusant systématiquement l’engagement des masses, décriant les mobilisations syndicales. Libertaire en chambre, en somme.

L’ouvrage n’en reste pas à la dénonciation d’Onfray, car il entend fonder à son tour une autre perspective politique, largement développée en deuxième partie, un « sur-anarchisme ». Appuyé sur des thèses théoriques prolongeant des programmes épistémologiques contemporains, de Kropotkine à Bachelard, il en appelle à une politique du mouvement et du collectif. Un anti-Onfray en quelque sorte. L’argument est discutable, mais au moins mérite-t-il d’être débattu sur le fond, et non par la censure.

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