Karma – Destin et liberté

Les films de seconde zone recèlent parfois des trésors. Ils nous donnent des leçons de vie, plus ou moins réussies d’ailleurs. Ils mettent en scène des dialogues savoureux, qui nous invitent à penser.

Ainsi ce court extrait de Savage Water, un film qu’on peut ne pas voir.

Le Karma ressemble ici à une forme de destin. Ce qui vous arrive ne vient pas de vous, vous ne pouvez pas échapper au cours inéluctable des choses. En conséquence, votre liberté devient une chimère, les événements s’enchainent selon une logique implacable. Le petit incident vous entraîne peu à peu vers l’inéluctable, à l’instar des grandes tragédies antiques, où les moires grecques, puis les parques romaines filent votre destinée. Vous l’avez reconnu, il s’agit ici du fatalisme.

Définition : le fatalisme

Le fatalisme désigne toute doctrine fondée sur la croyance en la prévisibilité et la nécessité des événements, généralement d’origine transcendante. Les divinités, la nature, les astres apparaissent à l’origine du destin humain, sur lequel ce dernier n’aurait pas prise.

Une première critique du fatalisme vient de ce qu’il constitue, comme Leibniz (1646-1716) un argument paresseux. Refuser sa liberté et l’abdiquer en raison d’une destinée, (Fatum en latin, Mektoub pour le monde musulman) divine ou naturelle, c’est en fait refuser d’agir contre le sens des événements :

« Mais dira-t-on, si tout est certain et déterminé, il est très inutile que je tâche de bien faire ; car quoi que je fasse, ce qui doit arriver arrivera. C’est ce sophisme que les anciens appelaient déjà la raison paresseuse (logon argon) (…) « 

Leibniz, Conversation sur la liberté et le destin, 1703

La religion, lorsqu’elle repose sur un principe de prédestination, diminue évidemment la liberté. C’est notamment le cas des religions monothéistes, qui, à des degrés divers, supposent une part de décret divin :

Saint Paul justifie ainsi l’obéissance aux puissants :

« Que tout homme soit soumis aux autorités qui exercent le pouvoir, car il n’y a d’autorité que par Dieu et celles qui existent sont établies par lui. Ainsi, celui qui s’oppose à l’autorité se rebelle contre l’ordre voulu par Dieu, et les rebelles attireront la condamnation. » Romains, 13

« Esclaves, obéissez à vos maîtres d’ici-bas avec crainte et tremblement, d’un cœur simple, comme qu Christ, non parce que l’on vous surveille, comme si cous cherchiez à plaire aux hommes, mais comme des esclaves du christ qui s’empressent de faire la volonté de dieu. »

Le Coran donne aussi l prise à une lecture fataliste :

« Oui, nous avons créé toute chose d’après un décret. » Sourate La lune, 54,49

Ou encore,

« Il ne nous arrivera que ce que Dieu nous a assigné. C’est Lui notre Maître. » IX, 51

En cela l’argument est paresseux, car il suffit de ne rien faire et d’attendre que les prédestinations se produisent inéluctablement. On peut y voir une croyance populaire, mais qui entre en contradiction avec d’autres aspects de la religion. Il ne peut y avoir de péché et de sanction que si l’être humain demeure responsable devant Dieu.

L’autre danger du fatalisme tient dans la dé responsabilisation des acteurs. Celui qui estime être guidé par le destin n’aura cure de ses actions : elles échappent à son contrôle car elles s’imposent à lui tout autant qu’il les impose aux autres. Le crime devient alors parfaitement justifié car il accomplit une volonté extérieure et surpuissante. On ‘en remettra à un sens extérieur qui emporte le mouvement individuel, qu’il s’agisse de l’influence des astres, de la volonté divine ou encore du vent de l’histoire.

Face à cette doctrine qui nous démoralise, au double sens parce qu’il nous ôte la responsabilité de nos actes, et qu’il nous laisse entendre que tout est joué d’avance, on opposera les doctrines qui prennent en compte les déterminismes qui nous agitent. Ainsi Spinoza dont le mot d’ordre « ne pas rire, ne pas pleurer, comprendre » nous invite à prendre la mesure des influences qui nous agitent, notamment les passions et émotions, non pour les nier mais pour connaître les mécanismes réels qui deviennent autant de causes pour agir.  

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