Nul n’est dupe, on sait bien que la proposition de « la pénalisation du voile islamiste dans l’espace public » portée par le Rassemblement National est un écran de fumée. Susceptible de devoir concourir à la Présidentielle sous le coup d’une condamnation pour détournement de millions d’euros et de devoir porter un bracelet électronique infamant, Marine Le Pen tente une nouvelle fois une diversion. La France brûle sous les effets de la canicule, le monde est en guerre en Ukraine et au Moyen-Orient, et le RN ressort son antienne sur le voile. Cette mesure est de toute façon inapplicable, anti-constitutionnelle et surtout porte atteinte à la laïcité.

Elle sera inapplicable, car nul ne saura distinguer un voile « islamiste » d’un autre. Si Madame Le Pen veut cibler l’idéologie de l’islamisme politique, comment fera-t-elle ? À quoi distingue-t-on un voile islamique d’un autre voile ? Il y a ici 50 nuances de voiles, en sorte que nous souhiatons bon courage aux forces de police pour les identifier, à moins qu’elles ne fassent une évaluation au faciès par procès d’intention.
Cette mesure est discriminante, car sous couvert de cibler l’idéologie islamiste, elle vise toutes les musulmanes. Comment alors distinguer un voile porté par une femme musulmane d’un voile porté par une partisane de l’islamisme radical ? Ce sont bien toutes les femmes musulmanes qui sont ciblées.
L’islamisme politique, ce n’est pas la foi musulmane. Il s’agit du pendant en Islam de l’extrême droite chrétienne portée auprès de Trump par des courants évangéliques, ou en France par la galaxie Stérin ou Bolloré. Ce sont en effet des idéologies qui espèrent que leur vision du monde prenne place dans l’ordre politique, ce qui est le but d’ailleurs de toute idéologie. On ne combat pas une idéologie politique par une interdiction pénale, sauf en dictature, mais il est vrai que des fondateurs du courant de Marine Le Pen et Jordan Bardella ont soutenu le nazisme et le pétainisme.
Cette mesure est anti-constitutionnelle, car la Constitution, reprenant la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789, précise, en son article 10, que nul ne saurait être inquiété pour ses opinions, même en matière religieuses. Que l’on prétende faire d’un signe religieux un délit pénal, va à l’encontre de cette garantie fondamentale, arrachée après des siècles de guerre de religions qui opposaient hier catholiques et protestants, puis chrétiens et juifs, ou aujourd’hui qui voudraient désigner les musulmans comme des ennemis de l’intérieur : c’est toujours la même logique de la division.
Cette mesure, enfin, est anti-laïque. L’article premier de la loi de 1905 précise que « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. » L’État doit donc protéger et la liberté de conscience et celle des cultes. Le port d’un signe religieux dans l’espace public ne trouble que ceux qui, antisémites ou anti musulmans, ne souffrent pas la religion d’autrui. L’appel à punir celles qui portent le voile s’oppose également à l’article 31 de la loi de 1905 qui protège contre les discriminations en raison de son appartenance ou de la pratique d’un culte. Dès lors, le Rassemblement National ne défend pas la laïcité, il la met en gravement en cause.

