L’actualité politicienne nous habitue aux indignations feintes. Le parti de Gabriel Attal fondé par Emmanuel Macron a assigné le Rassemblement National et Marine Le Pen en référé pour « parasitisme » et « contrefaçon de marque ». Le parti Renaissance joue Tartuffe contre Tartuffe : il s’indigne que le RN ne se pare du mot “renaissance”, mais s’est emparé lui‑même des vertus du mot, tout en soutenant des politiques qui s’éloignent de l’humanisme qu’il invoque.

En se rebaptisant Renaissance, l’ancien La République en marche voulait jouer de la force d’un mot qui évoque les XVèet XVIè siècles : les grandes découvertes, la liberté, l’humanisme et la science.
L’usage que fait le Rassemblement National dans son slogan de campagne « Pour la France, la Renaissance », après sa condamnation et celle de Marine Le Pen, peut en effet paraître tout autre : il renvoie à la re-naissance de la France éternelle, qui serait mise en cause par la mondialisation, l’immigration et la « cancel culture » de ce qu’ils fantasment comme menace « wokiste ». Indéniablement il s’agit de la France rance, celle de la préférence nationale, de la stigmatisation des étrangers et des musulmans. Ce re-naître là joue implicitement de l’étymologie de nation – nascerenaître – en en proposant une conception réactionnaire : non un projet politique ouvert vers l’avenir à construire en commun, mais refermé sur une vision identitaire. Le pétainisme avait déjà fait de la re‑naissance un retour à l’ordre, à la tradition, à la pureté supposée du corps national, contre des figures de l’ennemi intérieur. Le Pen, Badella, comme Ciotti et Zemmour, renouent eux avec la xénophobie foncière de la droite d’avant guerre : hier le juif, aujourd’hui le musulman.
La frontière entre la macronie et l’extrême droite est portant dramatiquement poreuse. Le Président de la République a rendu hommage à Pétain. Il faut surtout prendre en compte le soutien effectif de son parti au discours réactionnaire. Il en reprend les mots et thématiques en dénonçant ce qu’ils nomment décivilisation, immigrationnisme, ensauvagement, dénonciation de l’islamo-gauchisme. Il met en œuvre des pans entiers du programme d’extrême droite par les lois sur la sécurité intérieure, le renseignement, l’asile et l’immigration qui ont connu un durcissement régulier : facilitation des expulsions, restrictions des droits, extension des pouvoirs policiers, loi sur la présomption de légitime défense policière, qualifiée de permis de tuer,… La loi immigration de 2024, heureusement censurée par le Conseil Constitutionnel introduisait l’idée d’une préférence nationale pour des prestations sociales.
On sait pourtant que l’humanisme de la Renaissance a ouvert bien d’autres perspectives. Ses meilleurs représentants ont proposé tout autre chose que le repli identitaire : ils se sont ouverts à l’altérité. Une revisitation de l’humanisme antique et de son cosmopolitisme, la prise en compte de l’extrême diversité humaine, non pour la déplorer mais pour en exalter l’universalité. Montaigne, parmi d’autres, le proclame, exhortant à suivre le mot d’ordre de Térence : rien de ce qui est humain ne m’est étranger. C’est de cette Renaissance là que nous devrions nous réclamer. Ne pas croire que l’on renaît contre l’autre, mais que l’on renaît avec.

