deux confinements

Voici le texte de l’éditorial de l’Heure Du Peuple du 7 novembre. Attention la formule change la semaine prochaine, et l’heure du peuple change une fois de plus de titre (après À gauche), mais garde le même esprit. L’histoire continue.

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Le second confinement a été justifié, selon le Président Emmanuel Macron, par la deuxième vague qu’il n’a eu de cesse d’annoncer depuis avril, mais qu’il n’aurait pas vue venir, et, ce qui est plus grave, qu’il n’a pas préparée. La conception matérialiste de l’histoire initiée par Marx nous invite à considérer les événements comme l’écume du vaste océan dont on a du mal à déceler les mouvements profonds. Toute conjecture sur les faits qui s’accumulent relève certes d’une interprétation, mais tant que celle-ci reste dans le domaine du plausible, elle nous invite à penser en sortant du confinement des esprits auquel nous-nous habitons peu à peu, de ce que, déjà, La Boétie appelait notre servitude volontaire.
La fermeture des commerces dits non essentiels frappe directement les libraires de quartier. Ces derniers, déjà concurrencé hier par la grande distribution, et de plus en plus par les plateformes de commerce en ligne, doivent leur survie à l’heureuse rencontre de la persévérance des lecteurs et de l’Etat qui par la loi sur le prix unique du livre met un frein à la libre concurrence. La levée de bouclier devant l’injustice faite à ce petit commerce révèle cependant l’idéologie profonde de nos gouvernants. Plutôt que de reconnaître que le livre, et la culture en général, étaient des biens essentiels, non parce que ce sont des marchandises, mais parce qu’ils nous font du bien, ils ont trouvé la solution absurde et hypocrite de demander aux grandes enseignes de bâcher les rayons livres, plutôt que de considérer que l’on se côtoie moins dans une librairie que dans le métro ou une salle de classe. Cette solution est punitive, comme toutes celles prises par le gouvernement, et ne règle rien, le commerce en ligne continuant de tuer à petit feu les libraires de proximité.
Cette période est l’occasion de voir se dessiner le nouveau capitalisme à l’œuvre. Il avance de plus en plus technologique et individualiste. Alors qu’une pandémie appellerait une politique publique de la santé, les remèdes du gouvernement passent par le repli sur soi, les applications, les protections individuelles payantes et le contrôle policier. Le retour de l’auto-attestation tend à renforcer notre sentiment de responsabilité après tant de culpabilisations lancées par le gouvernement. C’est une tendance lourde de la civilisation capitaliste, nous refermons de générations en générations le sens et la réalité des échanges collectifs, troqués contre une sphère privée de plus en plus technologique, où le caractère virtuel des réseaux sociaux entretient, depuis les collégiens qui comptent leurs likes sur Tik-Tok, aux journalistes qui ne font plus que collecter des tweets, la douce illusion de faire partie d’un commun. Les dictatures qui ferment internet, et les censures des plateformes de réseaux sociaux prompts à imposer leur ordre moral, devraient nous mettre en garde. Le régime tolère nos indignations numériques, car il sait qu’elles sont plus faciles à masquer d’un simple click que des manifestations de masse, de plus en plus difficiles depuis la succession de lois sur l’état d’urgence terroriste et sanitaire. Ne nous confinons pas définitivement dans nos bulles numériques, ou bien nous abandonnons notre place dans l’histoire politique.

Benoît Schneckenburger

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