L’Europe, c’est la paix ?

DR france Info

Le président de la République vient presque d’officialiser sa candidature au moment où il entame la présidence tournante des institutions européennes. Ses conseillers ont laissé transparaître, comme l’atteste un article du Monde, que cela accompagnait sa stratégie de clivage avec ses opposants : du coup il multiplie les déclarations provocantes, faisant mine de se laisser aller à déraper en « emmerdant », alors que c’est une opération de communication mûrement pesée. L’installation du drapeau Européen sous l’arc de Triomphe a donné lieu à une polémique, où les supporter d’Emmanuel Macron et quelques idiots utiles ont voulu encore une fois parler de la paix apportée par la construction européenne, histoire de faire passer ceux qui se sont étonnés de voir figurer à la place de l’emblème de la République le drapeau – aux couleurs mariales d’inspiration catholique ! – de l’Europe.
Je me permets de publier ici une tribune qui date de 2014 où je mettais en doute l’idée que « l’Europe, c’est la paix ! » peu avant les élections européennes de l’époque. Je crois qu’elle n’a pas trop vieillie !

 » L’Europe tient son nom d’un mythe Grec. Quelle ironie au moment où ce pays est étranglé par l’austérité européenne, au risque de réveiller les partis néo-nazis. L’Europe n’est plus aujourd’hui qu’une idéologie morte.

Jamais un mythe ne s’est confondu avec le réel. On ne cesse de saluer l’œuvre de paix de la construction européenne, et le Président de la République de s’écrier «L’Europe, c’est la paix». Le sophisme est grossier : qui voudrait voter pour la guerre ? On reconnaît souvent l’inanité d’un argument à l’absurdité de la posture contraire, personne ne veut voter pour la guerre. Ce n’est pas l’Europe qui a assuré à notre continent la paix : au temps de la guerre froide aucun des deux blocs n’auraient laissé s’ouvrir un conflit en son sein, et ce n’est certainement pas un hasard si des conflits en Europe et à ses frontières se sont ouverts après la chute du mur.

Pire, le Parlement européen ne peut se revendiquer d’aucune réalisation d’envergure. Pourtant l’histoire est remplie de Parlements ou d’aventures politiques qui ont en effet transformé le monde : l’Habeas Corpus, la Déclaration des droits de l’homme de 1789, la reconstruction de la France après 1945,… L’Europe n’a rien produit de tel. Monnaie unique, libéralisation des transferts financiers, dérégulations : l’œuvre européenne ne concerne que le champ économique. Même le projet Erasmus, si vanté par les élites, ne concerne en fait que moins de 0,03% de la population, souvent de classe aisée. Le mythe ne résiste donc pas à l’analyse. La plupart des régressions sociales se produisent aujourd’hui au nom de l’Europe : l’idéal d’égalité devient obligation du travail de nuit pour tous ; la liberté, ce n’est que la liberté de produire et consommer quand les politiques sécuritaires s’organisent au nom de la lutte contre le terrorisme. À force de tordre le mythe, l’espoir se mue en révolte. Ceux là mêmes qui nous invitent à sauver la paix sèment les graines de la désespérance, mauvaise conseillère en temps de crise.

Le 25 mai, ne nous trompons pas de vote. Il ne s’agit pas de cautionner les politiques libérales menées depuis plus de trente ans sous couvert d’un mythe. On doit également combattre l’extrême droite et son discours de haine. Les listes du Front de gauche en France le rappellent : il faut voter pour changer d’Europe. Vite, avant que mythe ne se mue en cauchemar.

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